jeudi 6 novembre 2014

De l'influence du Maître Lovecraft

Je pense inévitable, lorsque l'on se lance dans la grande aventure de l'écriture, de chercher des repères parmi les auteurs qui nous ont marqués durant nos lectures. Je ne déroge pas à la règle.

Si vous tournez un tant soit peu autour de ce blog, vous devez savoir, sinon je vous l'apprends, que Howard Philips Lovecraft est l'auteur qui m'a le plus fasciné durant mon adolescence. D'autres m'ont passionné (et me passionnent encore), mais lui exerce sur moi un véritable envoûtement.

Pourquoi ? Difficile à dire comme ça, même avec plus de vingt ans de recul. C'est un mélange de tout, je suppose : l'univers qu'il décrit, son style, si particulier, la sensation de malaise et de terreur que l'ont peut ressentir après avoir terminé un de ses textes où l'on se dit "Et si c'était possible ?"

Quoi qu'il en soit, Lovecraft et son Mythe de Cthulhu sont devenus mes compagnons de voyage à chaque fois que je me mets devant mon clavier pour coucher quelques mots. Dès lors, la tentation de vouloir faire comme lui est grande...

Mais c'est une erreur, de mon point de vue. Personne ne peut écrire comme un autre, surtout comme Lovecraft. Son style est inimitable, tant il est particulier. La richesse de son vocabulaire et la perfection avec laquelle ses descriptions sont rédigées sont autant d'obstacles quasi infranchissables pour celui qui voudrait s'en inspirer sans le plagier. Il ne suffit pas non plus de faire référence à  Obed Marsh, de parler d'angles non euclidiens, ou encore de raconter une histoire où le protagoniste doit se cloîtrer dans une salle dépourvue d'angles (quoi que cette dernière histoire ne soit pas une invention de Lovecraft lui-même, mais du génial Franck Belknap Long dans ses Chiens de Tindalos) pour pouvoir bâtir un récit original disant s'inspirer de Lovecraft.

Attention, que les choses soient claires : il existe de nombreuses anthologies "Hommage" au Maître de Providence qui sont excellentes du début à la fin, tant par la qualité des textes que par l'originalité des histoires qui y sont présentées.

Un de mes textes – presque achevé – a pour cadre les Années folles et plongera le lecteur dans un Paris occulte où, au travers des pages, je dissémine certaines références au créateur du Mythe de Cthulhu.
Dès le début de la rédaction, je savais que ce texte serait fortement teinté de mythologie lovecraftienne (d'autant que l'idée de départ m'est venue d'une campagne de l'Appel de Cthulhu jouée il y a plus de 20 ans).
Mais plutôt que d'inclure des indications aussi "évidentes" que le Necronomicon, ou autres Deep Ones et des lieux où l'on pourrait croiser un adorateur en train de proférer "Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu R'lyeh wgah'nagl fhtagn", j'ai choisi de présenter l'histoire sous un angle différent de ce que fait Lovecraft dans la grande majorité de ses textes (en terme de point de vue de narration) et d'inclure d'autres indices que les fans ne manqueront pas de reconnaître (enfin, j'espère). Pour la rédaction de ce texte, j'ai toujours à côté de moi les deux livres de la collection Bouquins qui regroupent une grande quantité de textes du Maître, pour référence, ainsi que l'excellent ouvrage des Éditions Sans-Détour (Necronomicon et autres ouvrages impies), qui m'ont donné des éléments précieux pour la rédaction (j'ai d'ailleurs eu leur accord officiel pour citer certaines de leurs sources dans le texte, et je les en remercie encore une fois ici).

Un des principaux points d'orgue de l'univers de Lovecraft est la sensation de malaise que procure la lecture de ses textes. Il arrive à instiller une peur sous-jacente à la perfection à travers la maîtrise absolue de sa narration. Quant on a ni son talent ni sa maîtrise de l'écriture, c'est une gageure que de réussir à effleurer, ne serait-ce que de loin, cette oppression qu'il arrive à distiller lors de la lecture de ses histoires. J'ai, pour ma part, beaucoup travaillé sur les lieux que je décris, et sur l'atmosphère qu'il s'en dégage. J'essaie, lors de la rédaction, d'avoir une vision "cinématographique" de la scène, que je m'emploie à retranscrire de la manière la plus visuelle qui soit, multipliant les références aux cinq sens, afin que le lecteur ressente le plus possible l'étrangeté de la scène. Les retours de ceux qui lisent les chapitres de cette histoire au fur et à mesure montrent que je ne suis pas forcément à côté de la plaque dans ma façon de procéder. Et c'est là ma plus grande fierté, aujourd'hui : réussir à faire frissonner, avec mes propres mots, mon propre style, en ayant toujours en tête les sensations que me procure la lecture d'un texte de HPL.

Je tente également – à travers un autre texte en cours – d'inclure des références très directes à l'univers de Lovecraft. Je pars du postulat que le protagoniste principal (un jeune écrivain en l'occurrence) connaît HPL en tant que tel. Là où les choses se compliquent (du point de vue de la construction de l'intrigue), c'est que j'inclus dans mon récit des éléments référents au Mythe dans notre monde réel. La fiction se mélange au vrai. La complexité résidera pour moi dans le fait de rester cohérent dans ma narration, tout en naviguant sans cesse sur le fil ténu séparant la réalité du fantasme lovecraftien.
Mais c'est un autre sujet, dont je reparlerai (peut-être) un jour prochain.

Je n'ai bien évidemment pas la prétention d'avoir la science infuse (dans aucun domaine d'ailleurs) quant à la bonne façon de s'inspirer du Maître de Providence.
Ces quelques lignes n'ont pour but que de tenter d'expliquer la façon dont je ressens les textes de Lovecraft et leur influence sur ma façon d'écrire aujourd'hui.
Je n'écris pourtant pas que du fantastique pur (Barry Barrison est beaucoup orienté policier), mais à chaque fois, même si c'est juste à travers une touche légère, je ne peux m'empêcher, que ça soit dans un lieu, dans une anecdote ou dans une description, de faire une référence à Lovecraft et à sa mythologie tentaculaire.
Comme quoi, il laisse une empreinte indélébile sur ceux qui le lisent. Un effet pernicieux du Necronomicon ?
Qui sait...

2 commentaires:

  1. Hâte de lire tout ça ! Vivement !

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  2. Merci, Pierre !
    Pour La Main Sanglante, j'espère courant 2015 !
    Pour l'autre texte, par contre, ce sera plus tard :).

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